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Les 10 plus grands scandales de tricherie dans l'histoire du poker

Publié par Daily-Poker   Dimanche 12 Janvier

Super-utilisateurs capables de voir les cartes de leurs adversaires, faux jetons glissés dans un tournoi, argent des joueurs détourné, soupçons qui enflamment les parties retransmises en direct : le poker a connu son lot de scandales.
Certains se sont terminés par des amendes ou de la prison, d'autres n'ont jamais été prouvés.
Retour sur les 10 affaires qui ont le plus marqué l'histoire du poker, de 2006 à aujourd'hui, en distinguant ce qui a été établi de ce qui relève du soupçon.

Les 10 plus grands scandales de tricherie dans l'histoire du poker

Le poker repose sur une règle simple : chaque joueur ne connaît que ses propres cartes. Dès que quelqu'un parvient à voir celles des autres, à fausser les jetons ou à détourner l'argent des joueurs, le jeu n'a plus de sens. Des super-utilisateurs des années 2000 aux soupçons qui enflamment aujourd'hui les parties diffusées en direct, voici les 10 affaires qui ont le plus marqué l'histoire du poker, classées par ordre chronologique, avec ce qui a réellement été établi pour chacune.


1. Jamie Gold et la promesse de partage (2006)

En 2006, Jamie Gold remporte le Main Event des World Series of Poker devant 8 773 inscrits, un record à l'époque, et empoche 12 millions de dollars. Quelques jours plus tard, le producteur Crispin Leyser l'attaque en justice : il affirme que Gold lui avait promis la moitié de ses gains en échange de son aide pour recruter des célébrités. Une partie du prix est gelée par le tribunal, puis l'affaire se règle à l'amiable en 2007.

Il ne s'agit pas d'une tricherie à la table : la victoire de Jamie Gold n'a jamais été contestée. Mais l'affaire a terni l'image du champion le mieux payé de l'histoire des WSOP et montré à quel point les accords passés en marge d'un tournoi peuvent mal tourner.


2. Absolute Poker et le compte qui voyait tout (2007)

En septembre 2007, un joueur sous le pseudonyme « POTRIPPER » remporte un tournoi à 1 000 dollars sur Absolute Poker en jouant de façon incompréhensible : il suit avec des mains faibles exactement quand il le faut et se couche dès qu'il est battu. Les joueurs éliminés obtiennent l'historique du tournoi et y découvrent que ce compte voyait les cartes fermées de tous ses adversaires.

Absolute Poker finit par reconnaître qu'une personne interne disposant d'un accès privilégié avait triché. La Kahnawake Gaming Commission, qui délivrait la licence du site, lui inflige une amende de 500 000 dollars et exige le remboursement des joueurs lésés. C'est le premier grand scandale de « super-utilisateur » du poker en ligne.


3. Ultimate Bet et Russ Hamilton (2008)

Quelques mois plus tard, la même méthode est mise au jour sur Ultimate Bet, un site lié au même groupe qu'Absolute Poker. Pendant plusieurs années, des comptes super-utilisateurs ont vu les cartes de leurs adversaires et soutiré plusieurs millions de dollars aux joueurs.

En 2008, l'enquête de la Kahnawake Gaming Commission désigne Russ Hamilton comme principal responsable. Le choc est immense : Hamilton est le vainqueur du Main Event des WSOP 1994, une victoire acquise régulièrement et restée célèbre parce qu'il avait reçu, en plus du premier prix, son poids en argent. Ultimate Bet doit rembourser les joueurs, et la réputation du site ne s'en remettra jamais.


4. Ali Tekintamgac et le faux journaliste (2010)

En 2010, lors d'une étape du World Poker Tour à Barcelone, le joueur allemand Ali Tekintamgac est disqualifié. Un complice, muni d'une accréditation de presse, circulait autour des tables et lui transmettait par signes les cartes de ses adversaires.

L'affaire a révélé une faille que personne n'avait vraiment prise au sérieux : en tournoi live, les zones réservées aux médias offrent une vue directe sur les tables. Depuis, les organisateurs encadrent beaucoup plus strictement les accréditations et les déplacements autour des tables finales.


5. Full Tilt Poker et le Black Friday (2011)

Le 15 avril 2011, jour baptisé « Black Friday », la justice américaine bloque les principaux sites de poker en ligne aux États-Unis. Pour Full Tilt Poker, l'affaire tourne au scandale : en septembre 2011, le Department of Justice accuse le site d'avoir fonctionné comme un « système de Ponzi mondial ». L'argent des joueurs, qui aurait dû rester sur des comptes séparés, avait servi en partie à rémunérer les dirigeants et les propriétaires. Le site ne pouvait plus rembourser les soldes de ses clients.

Deux figures du poker étaient parmi les dirigeants : Howard Lederer et Chris Ferguson, champion du monde 2000. Tous deux ont conclu des accords avec la justice américaine, sans reconnaître de culpabilité, mais leur image est restée durablement entachée. Ce n'est pas une tricherie à la table, c'est une fraude financière. En 2012, PokerStars rachète les actifs de Full Tilt dans le cadre d'un accord de 731 millions de dollars avec la justice américaine, ce qui permet de rembourser progressivement les joueurs.


6. Phil Ivey et l'edge sorting (2012)

Phil Ivey, dix fois vainqueur d'un bracelet WSOP, figure souvent dans les listes de scandales, mais son affaire ne concerne pas le poker. En 2012, il gagne environ 7,7 millions de livres au punto banco (une variante du baccara) au casino Crockfords de Londres, et 9,6 millions de dollars au Borgata d'Atlantic City. Sa méthode, l'« edge sorting », consiste à repérer de minuscules défauts d'impression au dos des cartes pour identifier les cartes fortes.

Le casino londonien refuse de payer. En 2017, la Cour suprême du Royaume-Uni lui donne raison et qualifie la méthode de tricherie au sens du droit civil. Aux États-Unis, la justice condamne Ivey à rembourser environ 10 millions de dollars au Borgata. Il n'a jamais été poursuivi au pénal, mais l'affaire a durablement marqué le débat sur la frontière entre habileté et tricherie.


7. Christian Lusardi et les faux jetons du Borgata (2014)

En janvier 2014, le Borgata Winter Poker Open d'Atlantic City est suspendu en plein déroulement : des jetons contrefaits ont été introduits dans le tournoi, pour une valeur d'environ 800 000 jetons. L'enquête remonte jusqu'à Christian Lusardi, qui s'était débarrassé d'une partie des faux jetons dans les toilettes de son hôtel, provoquant une inondation.

Lusardi est condamné à cinq ans de prison. C'est l'un des rares scandales de tricherie au poker qui se soit terminé par une condamnation pénale. Depuis, la plupart des grands casinos utilisent des jetons de tournoi équipés de puces RFID ou de marquages spécifiques.


8. Mike Postle et les parties de Stones Live (2019)

En 2019, Mike Postle enchaîne des résultats jugés statistiquement improbables lors des parties de cash game retransmises par Stones Live, près de Sacramento. Plusieurs joueurs, dont la commentatrice Veronica Brill, l'accusent de recevoir les cartes de ses adversaires grâce à un complice ayant accès au système de diffusion. Des analyses de mains circulent alors dans toute la communauté.

En revanche, rien n'a été prouvé devant un tribunal : la plainte de 88 joueurs, qui réclamaient 30 millions de dollars, a été rejetée en 2020, et Mike Postle a toujours nié avoir triché. L'affaire a pourtant forcé les organisateurs de parties diffusées à sécuriser leurs flux vidéo et à imposer un délai de retransmission.


9. Garrett Adelstein contre Robbie Jade Lew (2022)

En septembre 2022, sur Hustler Casino Live, Robbie Jade Lew suit un all-in de Garrett Adelstein avec valet-4 dépareillé, sans paire ni tirage, et remporte un pot d'environ 269 000 dollars. La décision paraît tellement improbable qu'Adelstein l'accuse publiquement d'avoir triché. Lew lui rend ensuite l'argent du pot, tout en affirmant n'avoir rien fait de mal.

L'enquête commandée par la société de production conclut qu'aucune preuve de tricherie n'a été trouvée. Le débat n'a jamais vraiment cessé, mais aucune triche n'a été établie à ce jour. L'affaire illustre bien les soupçons qui pèsent sur les parties diffusées en direct, où une simple fuite d'information peut suffire à fausser le jeu.


10. Bots et assistance en temps réel : la triche d'aujourd'hui

La forme de triche la plus répandue aujourd'hui ne fait pas la une : ce sont les bots, des programmes qui jouent à la place d'un humain, et les outils d'assistance en temps réel, qui indiquent l'action théoriquement optimale pendant la main à partir des calculs d'un solveur. Ces outils sont interdits sur tous les grands sites, mais ils sont difficiles à repérer, car ils imitent un bon joueur plutôt qu'un tricheur évident.

Les grandes salles de poker ferment chaque année des milliers de comptes pour ces raisons et redistribuent parfois aux joueurs lésés les sommes confisquées. C'est une course permanente entre les tricheurs et les équipes de sécurité.


Les 10 affaires en un coup d'œil

AnnéeAffaireTypeIssue
2006Jamie GoldLitige sur les gainsAccord amiable
2007Absolute PokerSuper-utilisateurAmende de 500 000 $, remboursements
2008Ultimate BetSuper-utilisateurRuss Hamilton désigné, remboursements
2010Ali TekintamgacComplice en tournoi liveDisqualification
2011Full Tilt PokerFraude financièreAccords avec la justice, rachat par PokerStars
2012Phil IveyEdge sorting (hors poker)Gains annulés par la justice civile
2014Christian LusardiFaux jetonsCinq ans de prison
2019Mike PostleSoupçons d'informations transmisesPlainte rejetée, aucune condamnation
2022Adelstein / LewSoupçons en partie diffuséeAucune preuve de triche établie
Aujourd'huiBots et assistance en temps réelTriche logicielleFermetures de comptes, fonds redistribués

Le poker en ligne est-il truqué ?

C'est la question que posent souvent les joueurs après une série de mauvais coups. Sur les sites agréés, la réponse est non : la distribution des cartes repose sur un générateur de nombres aléatoires contrôlé par des organismes indépendants, et le site n'a aucun intérêt à favoriser un joueur, puisqu'il se rémunère par une commission sur chaque pot ou tournoi, quel que soit le gagnant.

En France, seuls les opérateurs agréés par l'Autorité nationale des jeux (ANJ) peuvent proposer du poker en ligne. Ils doivent garantir l'intégrité du jeu, conserver l'historique des mains et lutter contre la collusion et les bots. Les grandes affaires citées plus haut ont presque toutes touché des sites sans régulation forte, ou des parties privées : c'est la meilleure raison de jouer uniquement sur des plateformes agréées.


Comment se protéger de la triche

Quelques réflexes réduisent fortement les risques :

  • jouer uniquement sur des sites agréés par l'ANJ et éviter les plateformes non régulées ;
  • signaler au support tout comportement suspect, comme deux joueurs qui ne s'attaquent jamais entre eux ou un adversaire qui joue de façon inhumainement régulière ;
  • conserver ses historiques de mains : ce sont eux qui ont permis de démasquer les super-utilisateurs d'Absolute Poker ;
  • en partie live, garder ses cartes près de soi et rester attentif aux personnes qui circulent autour de la table.

Les plus grands scandales du poker ont tous laissé une trace durable : licences retirées, jetons sécurisés, délais de diffusion, équipes de sécurité renforcées. Ils rappellent aussi qu'un soupçon n'est pas une preuve. Plusieurs affaires célèbres n'ont jamais abouti à une condamnation, et c'est précisément ce qui en fait encore aujourd'hui des sujets de débat dans la communauté.



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